Résultats préliminaires du programme RASA

 

Ressources alimentaires et santé aux Australes
Manger local et bouger plus pour améliorer son capital santé

Le laboratoire de recherche sur les maladies non transmissibles (LMNT) de l’ILM recueille actuellement les premiers résultats d’une expérimentation menée, en collaboration avec l’université Laval du Québec, auprès des élèves du collège de Tubuai (archipel des Australes).

Le contexte

En 2007, ce laboratoire a réalisé une étude sur l’état de la transition alimentaire en Polynésie française (PF) et ses conséquences sur la santé des populations. L’enquête a montré que ce phénomène, caractérisé par un changement des habitudes alimentaires et du mode vie, était fortement marqué et que son incidence était plus intergénérationnelle que géographique. Ainsi, la population de Tubuai, a priori moins exposée aux méfaits de la « malbouffe », s’est révélée autant concernée que celle de l’île de Tahiti, plus urbanisée. Il est également apparu que ce sont les jeunes qui subissent l’impact le plus fort, nombre d’entre eux présentant les signes préoccupants, annonciateurs d’obésité et de maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, diabète…).

L’expérimentation RASA

Sur ce constat alarmant, une seconde étude, intitulée « Ressources alimentaires et santé aux Australes » (RASA), a été conduite dans ce même collège de Tubuai.
Fondée sur le principe du « manger autrement et bouger plus », cette expérimentation avait pour objectifs de démontrer que l’obésité et les maladies chroniques n’étaient pas une fatalité et de mesurer l’amélioration, voire la réversibilité, de certains paramètres cliniques dans une population adolescente.
En outre, le programme RASA visait également à prouver que les îles de PF, même éloignées, pouvaient produire une partie des denrées nécessaires à l’alimentation de leur population.
De janvier à juin 2011, avec le consentement de leurs parents, tous les collégiens ont participé à cette expérimentation. Sur cette période, des menus équilibrés leur ont été servis à la cantine et l’occasion leur a été donnée de pratiquer le va’a à un rythme de 2 à 4 heures par semaine, en complément des cours d’éducation physique et sportive dispensés au collège.

L’élaboration des menus

Les 5 règles d’or de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la nutrition des pays développés ont guidé l’élaboration des menus :

  • manger moins (en 2007, nous avions noté que les apports caloriques par la nutrition étaient largement supérieurs aux besoins) ;
  • remplacer, autant que faire se peut, les sucres raffinés par des sucres lents ;
  • diminuer les huiles industrielles ;
  • 5 fruits et légumes par jour ;
  • diminuer le sel.

Sur la base de ces règles, tenant compte du contexte géographique de Tubuai, de la capacité de production des agriculteurs et pêcheurs locaux, mais aussi du goût des enfants, les menus ont été élaborés selon un cycle de 5 semaines.

La pratique du va’a

La pirogue polynésienne, va’a, est un sport mythique et les Australes comptent de grands champions. C’est aussi un sport qui donne à nombre de jeunes l’occasion de quitter leur île et de découvrir d’autres horizons.
Mais au-delà de cette image, la pratique du va’a permet probablement un développement favorable de leurs capacités physiques.

Les résultats préliminaires de RASA

Au démarrage du programme, en janvier 2011, une équipe d’infirmières bénévoles a réalisé sur tous les participants une série de prélèvements sanguins et des mesures anthropométriques. Un sous-groupe de 30 internes a, par ailleurs, fourni un prélèvement urinaire.
Le même protocole a été suivi en fin de programme.
Ces deux séries de mesures ont été comparées. L’évolution de ces différents paramètres a par ailleurs été comparée aux données recueillies auprès d’un groupe témoin aux mêmes périodes.
Ce groupe témoin était formé par les adolescents d’un autre collège des Australes, celui de l’île de Rurutu, qui n’a pas bénéficié du programme alimentaire et sportif de RASA.
Les premiers résultats de l’étude mettent en évidence une stabilisation de l’indice de masse corporelle des collégiens de Tubuai et, à l’opposé, une augmentation de l’IMC des jeunes de Rurutu.
Par ailleurs, la moyenne de la pression artérielle systolique a nettement diminué dans le groupe d’étude.

       

Conclusions et recommandations

Quels que soit les paramètres mesurés, l’impact bénéfique du programme sur la santé des adolescents est indéniable. L’expérimentation n’a duré que 5 mois et, malgré ce court délai, une nette amélioration des paramètres biologiques a été mise en évidence.
L’impact est apparu plus marqué chez les garçons que chez les filles, et d’autant plus important quand ces derniers étaient pensionnaires, leur alimentation étant mieux maîtrisée.
Enfin, le facteur de l’âge est intervenu : au-delà de 14 ans, le bénéfice de ce programme s’est révélé plus fort.

Au terme de cette expérimentation, il est possible de dresser les constats et recommandations suivants :

  • le personnel des cantines (c’est en tout cas vrai à Tubuai) maîtrise insuffisamment les principes nutritionnels et souffre d’un déficit de formation en la matière,
  • le manque de moyens financiers n’est pas le seul paramètre qui concourt à la « malbouffe ». Un défaut d’organisation est constaté.
  • un réaménagement des horaires du collège a permis de favoriser la pratique du sport. Cette organisation ne s’est pas faite au détriment du cursus scolaire.

A Tubuai, le programme RASA a été accueilli favorablement par les jeunes, le personnel du collège mais aussi les agriculteurs et pêcheurs qui ont approvisionné la cantine. Un grand nombre de participants a émis le vœu que cette démarche soit pérennisée.
Les résultats scientifiques probants enregistrés et l’adhésion sincère de la population à ce programme laissent à penser que RASA pourrait être expérimenté dans d’autres îles polynésiennes.

« Un homme savant a compris un certain nombre de vérités. Un homme cultivé a compris un certain nombre d'erreurs. Et voilà toute la différence entre l'esprit droit et l'esprit juste » Emile Chartier, dit Alain (Vigiles de l'esprit)